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Découvrez un artiste talentueux de Vachères

Un sculpteur par vocation, un autodidacte qui nous émerveille par son travail et par son côté authentique. Découvrez Nicolas, cet artiste made in Luberon au travers de cet interview que nous avons eu plaisir à mener.



Interview Nicolas Bouriot

Nous sommes allé à la rencontre de Nicolas Bouriot, sculpteur autodidacte de talent qui vit à Vacheres, il a accepté de répondre à quelques questions que voici :

Pourquoi la sculpture ?

"Sculpteur dans le sang et par les tripes"

Je suis sculpteur comme d’autres sont moines ou assassins : par vocation. Enfant je n’aimais rien moins qu’être seul, à l’écart de ce monde où pourtant chacun louait mon haut degré de sociabilité. Mes plus belles heures se passèrent entre les feuilles de dessin et les feuilles d'arbres pour les cabanes, avec toujours au fond de moi cette envie de "faire quelquechose", j'étais comme atteint d'un syndrome que je qualifierais de "syndrome Guy Degresnes", je griffonais et gravais consciencieusement mes tables d'écoles et autres abribus.C’est la rencontre avec le livre d’Henri Vincenot, Le Pape des escargots, qui réveilla celui qui dormait en moi ; celui qui attendait patiemment que la vie fasse son chemin : le Gilbert de la Rouéchotte, sculpteur dans le sang et par les tripes.

Comment devient on l'artiste que vous êtes ?

"Ce que j’étais, suis et serai : un autodidacte"

Devenir artiste, s’user les yeux sur toutes les formes que je pouvais saisir, m’appliquer à façonner ma façon de penser (J.Starr in Authentik) pour pouvoir dire un jour : « Je suis autodiktat », en art, bien sûr, mais aussi en vie, car trop rarement les préceptes enseignés avaient en eux le germe de liberté qu’il faut pour devenir un être humain conscient et respectueux , le chemin fût long et drole! Donc oui, je suis devenu enfin ce que j’étais, suis et serai : un autodidacte.

Comment fonctionnez vous?

"J'aime chercher à reveler ce qui se cache"

Je découvrais, dès mes premiers coups de ciseau dans les bout de bois qui me tombaient entre les mains que je tenais là un fameux truc. Tout est là, je vois ce que le bois me propose, je devine la main de Saint François dans le tilleul, la grave figure du Jean-Baptiste s’impose dans telle vieille planche, la Vierge me tend déjà les bras dans cette poutre et toutes les autres beautés que je n’ai plus qu’à dégager de leur croûte de bois.J'avoue que je suis incapable de "dompter" un morceau de bois, je ne sais pas y imposer une forme ni même tracer droit, mais j'aime chercher à reveler ce qui se cache là-dedans. Alors, si je sculpte, c’est uniquement pour faire la seule chose que je puisse faire, être moi-même.

Parmis vos oeuvres, on peut en contempler un grand nombre dont la thématique est religieuse, pourquoi ?

"J’ai fait le pari du positif, parce que la forme n’est que le symbole du fond et que le fond, c’est l’homme et sa grandeur"

Si j’aime sculpter des sujets religieux, c’est parce que j’ai fait le pari du positif, parce que la forme n’est que le symbole du fond et que le fond, c’est l’homme et sa grandeur. J’aime bêtement suivre une direction, simple et claire,comme si j'attendais depuis deux mille ans peut-être, mais je sens que je suis ici là et maintenant pour montrer ma vision de la Vie, belle pour qui la veut belle ; profonde et terriblement humaine, pour qui la souhaite ainsi.


Il y a quelque chose de mystique dans vos oeuvres, comment l'expliquez vous ?

" J’ai besoin que la matière ait déjà vécu et qu’on la néglige pour qu’enfin elle devienne mienne"

Mes sujets sont ainsi, pas franchement dans l’air du temps ; ils sont en fait par-delà l’air du temps. Et je les veux comme tels, arrivés jusqu’à moi (que ce soit une tache sur un papier d’où jaillira une toile ou encore quelques fêles et nœuds sur un rondin), alors l’alchimie s’opère, le lien s’impose à mon œil puis lentement l’idée progresse dans tout mon être pour qu’enfin, rempli d’une énergie toute vouée à cette image, je ne puisse rien faire d’autre que l’aider à se matérialiser.  C’est pourquoi j’aime récupérer les poutres, les planches, les pierres pour travailler ; j’ai besoin que la matière ait déjà vécu et qu’on la néglige pour qu’enfin elle devienne mienne. Je trouve le trésor dissimulé dans la poutre pourrie de la maison en ruines, la lumière de Saint Michel dans le carton humide, la Gloire du Christ dans les panneaux trop longtemps exposés aux intempéries du menuisier.

Vous faites beaucoup de croix arméniennes, d'où vous vient cette passion ?

"C’est l'esprit du Vivant que j’aime dans les croix arméniennes"

Ces croix sont pour moi arbres de vie. Dans l’art arménien la croix n’est pas un instrument de supplice mais bien au contraire le symbole de la résurrection. C’est cet esprit du Vivant que j’aime dans ces croix arméniennes que l’on peut voir décorées de vignes, de grenades, d’animaux, de personnages… De plus, l’art arménien est « gros consommateur » de couleurs et personne ne trouve dérangeant ou « too much » d’y voir associer du turquoise, du rose, du doré avec une petite touche de rouge ou de vert ; un peu ce qui se faisait en occident au 12ème siècle. N’étant pas arménien d’origine, j’ai été amené, par le biais d’amis qui cherchaient une croix pour une sépulture, à beaucoup me documenter et suis tombé en amour avec cet art et ce peuple. De plus, j’ai alors découvert qu’il était très difficile pour quelqu’un d’origine arménienne de trouver une croix en France. J’ai donc créé des modèles, et même certains que j’ai appelés « croix d’exode » où la base de la croix est tronquée et où se sont les rejets (de l’exil) qui revivifient la croix.


Si vous pouviez décrire votre travail en quelques mots quels seraient ils ?

Authentique, amour de la forme, récupération, autodidacte, amoureux, brut, doux, hardcore, spirituel, lumineux

Pourquoi avoir choisi Vachères et le Luberon comme lieu de résidence ?

"Vachères offre une tranquillité de vie que le Luberon n’offre plus toujours à ses habitants"

Étant natif de Bourgogne, j’ai ressenti vers mes 20 ans un immense besoin de soleil et de chaleur, désir exacerbé par de nombreuses heures passées à regarder l’inutile course des gouttes de pluie sur les vitres de mon appartement dijonnais. Je décidai alors de migrer vers des territoires dont le soleil avait fait la réputation bien au-delà de nos frontières. Après quelques années passées à Céreste et Reillanne, nous avons pris la poudre d’Espigoule pour Vachères. Étant situé en bordure du monde, on ne traverse pas Vachères, on y monte. J’ai découvert avec ce village, d’une centaine de feux (selon les hivers !) une tranquillité de vie que le Luberon n’offre plus toujours à ses habitants. On y vit non pas d’activités touristiques mais de toutes ces petites activités qui ont fait le Luberon et la Haute Provence : ici on y boit le café en compagnie du berger, du cultivateur, du maçon, du ferronnier et de l’apiculteur qui tiennent vite le comptoir en partenariat avec quelque universitaire en villégiature, voire même à vider le tonnelet avec les touristes égarés.

Que préférez vous dans le Luberon ?

"Le ciel du Luberon reste tout de même le plus beau toit du monde"

J’aime la rudesse du Luberon, ces courants d’air glacé, ces chaleurs assommantes, ces arbres qui poussent en dépit du bon sens, sa lumière quelque fois perçante et quelque fois si réconfortante, son ciel qui reste tout de même le plus beau toit du monde (de jour comme de nuit) et qui sait si bien mettre en valeur la palette des couleurs du paysage : il n’est plus choquant ici qu’une porte rouge voisine avec un volet vert sur fond de champ de lavandes violet, borduré de quelques champs d’épeautre. Ici Photoshop est désuet !

Quel est votre lieu favoris dans le Luberon ?

"La vue que je préfère est celle que je vois de mon jardin"

Finalement la vue que je préfère est celle que je vois de mon jardin, je ne m’en lasse pas. Tout en haut de Vachères, sur 180 degrés, on peut voir les paysages de lavandes en été du coté de Banon, la montagne de Lure, encore plus au loin les Alpes du sud jusqu’au plateau de Valensole en passant par le monastère de Ganagobie. Sincèrement je ne vois pas d’autres lieux pour frimer en disant à un ami, « t’as vu un peu comme c’est beau » et ce en toutes saisons, et de reprendre une cuillère de poussimiel.

Si les personnes qui nous lisent veulent acheter ou contempler vos oeuvres où doivent ils aller ?

On peut voir mes œuvres à l’atelier que j’occupe jusqu’à la fin de l’été et qui se trouve au bout de la rue principale de Vachères, ou bien à la maison, tout en haut du village, au Castellas ou encore à l’Abbaye de Valsaintes (roseraie de Boulinette). Sur internet j’ai un site qui montre mon travail depuis mes débuts (ou presque) www.krb1.com, j’ai également une boutique www.sculptures-religieuses.com, une galerie sur www.artmajeur.com/nicolas-bouriot/  et deux pages Facebook www.facebook.com/pages/Sculpteur-de-saints et www.facebook.com/sculpteurcroix .

Merci Nicolas pour cet interview


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Gael Minier

Proposé par

Passionné par le Luberon et la Provence, je vous propose de vous accompagner et vous faire découvrir ma région ! Vous verrez le Luberon est si riche d'expériences que l'on a jamais fini de le visiter ;-)