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Quand l’été s'installe dans le Vaucluse, les collines changent de visage pour revêtir ces teintes violettes qui font la renommée de notre région. Mais loin des grands circuits touristiques bondés, le massif du Luberon cache des petits coins secrets et une tradition bien à lui. Des chemins de Saignon aux alambics d’Apt, on vous emmène faire le tour des plus beaux panoramas et des familles qui font vivre cette culture de génération en génération.
Lavande vraie ou Lavandin : comment faire la différence ?
Pour beaucoup de visiteurs, un brin violet reste un brin violet. Pourtant, sur nos terres, on sépare jalousement deux variétés bien distinctes.

La Lavande fine (AOP) : la perle rare des hauteurs
On l’appelle aussi lavande vraie (Lavandula angustifolia). C'est la plante historique du Luberon, celle qui ne s'épanouit qu'en altitude, à partir de 800 mètres. Pour la voir, il faut grimper sur les hauteurs de Lagarde-d'Apt. Comme elle pousse à partir de graines, chaque plant est unique. C’est ce qui donne aux champs ce relief si particulier, avec des nuances de bleu et de mauve qui changent à chaque coup de vent. Son huile essentielle est protégée par une AOP Haute-Provence : son parfum délicat et ses propriétés apaisantes en font le produit fétiche des grands parfumeurs et des herboristes.
Le Lavandin : les grosses vagues violettes des cartes postales
Le lavandin est né d'un croisement naturel entre la lavande fine et la lavande aspic (une variété sauvage des garrigues). Beaucoup plus robuste et généreux en fleurs, il s'adapte très bien aux plaines et aux plateaux plus bas. Comme on le multiplie par bouturage, tous les plants sont de parfaits clones. C'est lui qui dessine ces alignements impeccables et très denses, d'un violet franc, que tout le monde cherche à photographier.

Le petit détail local : Le Luberon refuse de céder à la monoculture intensive. Nos agriculteurs continuent de cultiver la lavande fine de population pour préserver la biodiversité et l'identité de notre terroir.
Le guide pratique : où et quand faire vos plus belles photos ?
Pour ne pas rater la floraison et éviter de vous retrouver devant des champs fraîchement coupés, voici ce qu'il faut savoir.

Le calendrier de la floraison dans le Luberon
La nature a le dernier mot, mais les saisons suivent généralement ce rythme :
- Mi-juin : Les premiers reflets mauves colorent le fond des vallées.
- Début juillet : C'est le moment parfait. La floraison est à son maximum, les couleurs sont d'une intensité folle et les abeilles s'en donnent à cœur joie.
- Fin juillet / Début août : Place à la récolte. Les producteurs s'activent et les paysages se vident petit à petit au passage des machines.
Nos spots préférés : Saignon, Apt et les Claparèdes
Oubliez la cohue des autres départements, le Luberon se découvre par les petites routes :
- Le Plateau des Claparèdes : Entre Saignon et Buoux, ce plateau est un décor de cinéma. Les longues lignes de lavande viennent contourner de vieilles bories en pierre sèche. Au lever ou au coucher du soleil, la lumière y est magique.
- Lagarde-d'Apt : Si vous viens tard en juillet, montez sur ce plateau sauvage à 1100 mètres d'altitude. L'air y est plus frais et la lavande fine y prend son temps.
- Les petites routes autour de Saignon : En grimpant vers le village, arrêtez-vous pour observer les parcelles de lavande qui se mélangent aux oliviers et aux chênes truffiers.
De la terre au flacon : comment fabrique-t-on l'huile essentielle ?
Derrière la beauté des paysages se cache un gros travail de paysan. La naissance d'une huile essentielle demande de la patience et un timing parfait.

La vie d'un plant de lavande
Tout commence en hiver, quand la nature dort. Les agriculteurs préparent les terres très caillouteuses et calcaires de nos collines. Une fois les jeunes pousses plantées, il faut attendre 3 ans pour que la lavande donne sa première vraie récolte. Une fois lancée, la plante va produire pendant 7 à 10 ans avant de fatiguer.
L'effervescence de la récolte
La coupe commence quand la fleur commence tout juste à faner sur sa tige. C'est le signal : les petites poches de résine cachées au cœur de la fleur sont pleines à craquer de précieuses molécules odorantes. Si le terrain est plat, la machine passe, mais sur les pentes raides du Luberon, on sort encore la faucille pour couper les bouquets à la main.
Le pré-fanage : le secret des anciens
C'est une étape cruciale. On ne jette jamais la lavande fraîchement coupée dans l'alambic. On la laisse d'abord sécher par terre, au soleil, pendant 24 à 48 heures. Ce "pré-fanage" permet à l'humidité de s'évaporer. Si la plante restait trop gorgée d'eau, elle diluerait l'huile essentielle pendant la cuisson et gâcherait son parfum.
La distillation à l'ancienne
Le principe n'a pas bougé depuis des générations. C'est une méthode simple, saine, sans aucun produit chimique :
- On remplit la cuve : On tasse la lavande séchée dans de grands alambics en cuivre ou en inox.
- On envoie la vapeur : Une vapeur d'eau bouillante traverse les plantes du bas vers le haut. En passant, elle fait éclater les capsules de résine et emporte l'essence avec elle.
- On refroidit : Cette vapeur parfumée passe dans un serpentin plongé dans de l'eau froide. Le choc thermique la transforma à nouveau en liquide.
- On sépare (dans l'essencier) : Le liquide coule dans un vase (appelé vase florentin). Comme l'huile essentielle est plus légère que l'eau, elle remonte à la surface. On récupère ainsi l'huile essentielle pure d'un côté, et l'hydrolat (l'eau de lavande) de l'autre.
Les bonnes adresses pour rencontrer nos producteurs
Le Musée de la Lavande à Coustellet
Créé par la famille Lincelé, qui cultive la lavande fine à Lagarde-d'Apt depuis cinq générations, ce lieu est une mine d'or. On y découvre une magnifique collection d'alambics en cuivre qui remonte jusqu'au XVIe siècle. C'est l'endroit idéal pour comprendre l'histoire de cette culture et apprendre à tester la qualité d'une huile essentielle.


La Distillerie les Agnels à Apt
Installée dans un vallon près d'Apt, cette distillerie tourne depuis l'époque de la Révolution française. En été, l'ambiance y est unique, avec les odeurs de vapeur chaude qui s'échappent des cuves. Vous pouvez visiter les installations, voir les distillateurs travailler en direct et repartir avec des huiles et des eaux florales bio produites sur place.
Soutenir un patrimoine fragile
La lavande fait partie de notre pharmacie familiale depuis toujours pour soigner les petits bobos, calmer le stress ou désinfecter une égratignure. Biensûr, elle fait aussi vivre nos villages.
Aujourd'hui, le métier change. Entre les étés de plus en plus chauds, le manque d'eau et les parasites, nos producteurs doivent se battre et adapter leurs méthodes. Pour les aider à préserver ces paysages, oubliez les flacons industriels des magasins de souvenirs d'autoroute. Poussez la porte des fermes, achetez vos bouteilles et vos fuseaux tressés directement chez les artisans du Luberon. C'est le meilleur moyen de faire vivre ce savoir-faire.
Foire aux questions
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Quelle est la différence entre la lavande et le lavandin ?La lavande fine est une plante sauvage d'altitude, petite et délicate, dont le parfum est très fin et recherché pour ses propriétés médicinales. Le lavandin est un hybride plus gros, plus robuste et beaucoup plus chargé en camphre. Son odeur est plus forte (elle rappelle un peu le savon de Marseille). Le lavandin est idéal pour parfumer la maison ou le linge, tandis que la lavande fine s'utilise en aromathérapie et en haute parfumerie.
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Où se trouvent les plus beaux champs de lavande dans le Luberon ?Le Plateau des Claparèdes, situé entre les villages de Saignon et de Buoux, est sans doute le plus bel endroit. On y trouve de magnifiques alignements de lavande entourés de bories traditionnelles en pierre sèche. Pour des paysages plus sauvages et tardifs, les hauteurs de Lagarde-d'Apt offrent des panoramas splendides.
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Quel est le meilleur moment pour voir la lavande en fleur ?La période idéale s'étend de fin juin à la mi-juillet. C'est le moment où les fleurs sont bien ouvertes et affichent leur couleur la plus vive. À partir de la fin juillet, les producteurs commencent la récolte, et les paysages redeviennent verts et sablonneux en quelques jours.
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Peut-on cueillir la lavande dans les champs ?Non, les champs de lavande ne sont pas sauvages : ils appartiennent à des agriculteurs locaux qui en vivent. Cueillir des brins, c'est abîmer leur récolte. De plus, piétiner les lignes de culture tasse la terre et peut faire mourir les plants. Pour vos souvenirs ou vos bouquets, préférez les boutiques des distilleries locales ou les marchés du Luberon, où les producteurs vendent directement leurs coupes.
Page mise à jour le 21/05/2026
















