- Vous êtes ici : Luberon
- À découvrir
- Magazine



Page mise à jour le 24/10/2025 - 1 avis - Laissez votre avis
Au cœur d'un des « Plus Beaux Villages de France », le château de Lourmarin est un édifice de la fin du XVe siècle, rénové à plusieurs reprises et notable pour son architecture inspirée de la Renaissance italienne. Autour du château s'étend un parc arboré partiellement planté d'oliviers, accessible au public : il est possible de s'y promener librement, de visiter le château et d'assister à des événements culturels qui s'y tiennent.
Entre légende et réalité
Depuis le début du XXe siècle, une rumeur de malédiction entoure le lieu. Cette légende s'est nourrie d'une succession d'accidents et de drames — le plus connu étant la disparition de Albert Camus dans un accident de la route au début janvier 1960 — et surtout d'étranges graffitis conservés dans la « chambre bleue » de la tour ouest. Les recherches récentes invitent cependant à nuancer fortement cette interprétation et à replacer ces gravures dans un contexte historique plus ancien.
La légende de la malédiction
En 1921, Robert Laurent‑Vibert, industriel lyonnais, achète le château alors en fort délabrement et lance sa restauration. Pour permettre les travaux, il fit évacuer les groupes installés sur place — des récits d'époque évoquent des campagnes de bohémien(ne)s qui auraient occupé les tours et cheminées. Selon la chronique populaire, ces occupants auraient tracé des signes cabalistiques sur les murs avant de partir : naissance de la rumeur d'une malédiction. Après la mort accidentelle de Laurent‑Vibert (en 1925) et la disparition d'autres personnes liées au château, la légende se propagea.
Les graffitis de la « chambre bleue »
La zone préservée dans la « chambre bleue », une enclave de plâtre longue d'environ deux mètres, rassemble des motifs dominants : un bateau schématique, quelques personnages aux postures singulières, une grande croix et diverses inscriptions. Ces images furent longtemps interprétées comme une « caravelle gitane » et lues comme des signes de malédiction.
Que disent les recherches récentes ?
Une étude publiée par l'historienne Sophie Bergaglio et l'auteur de l'étude dans le Bulletin archéologique de Provence propose une lecture différente et fournit des éléments factuels importants :
- l'iconographie et la graphie des gravures renvoient à des codes vestimentaires et calligraphiques plutôt caractéristiques de la fin du XVIe siècle (plastrons rembourrés, culottes ajustées, casaques) ;
- certains patronymes visibles près des graffitis, notamment Ramasse ou Armelin, figurent dans les archives communales et correspondent à des familles protestantes présentes à Lourmarin entre 1569 et 1640 ;
- l'ensemble des signes (bateau en situation de danger, personnages agrippés, proximité d'une grande croix) comporte les caractéristiques d'un ex‑voto marin plutôt que d'un symbole de malédiction : on y retrouve la représentation d'un navire en péril et d'une dévotion chrétienne visible par la croix ;
- la présence d'un mât sur l'embarcation et l'absence de personnages féminins identifiables écartent l'interprétation simpliste qui faisait des gravures une représentation des Saintes‑Maries‑de‑la‑Mer.
Ces éléments permettent de vieillir et démythifier une grande partie de la légende : les graffitis semblent antérieurs au XXe siècle et s'inscrivent dans des pratiques et un contexte historique plus anciens (guerres de Religion, réfugiés, prisonniers ou squatteurs des XVIe–XVIIe siècles) plutôt que dans une malédiction moderne tracée par des groupes bohémiens au moment du départ forcé en 1921.
Contexte historique utile
Le château, bâti à la fin du XVe siècle, subit plusieurs épisodes mouvementés : en 1545 il fait face à une expédition du Parlement d'Aix contre les Vaudois du Luberon, puis il traverse des périodes d'abandon. Durant la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, la région est marquée par les conflits religieux : les cartes onomastiques et les archives locales confirment la présence de familles protestantes mentionnées par l'étude.
La tradition et le patrimoine
Malgré les conclusions scientifiques, la tradition populaire autour de la « malédiction » reste vivace et contribue à l'aura mystérieuse du lieu. Les gravures demeurent un témoignage précieux d'un instantané historique régional et offrent une lecture riche pour les visiteurs : qu'on y voie un ex‑voto, un message de prisonniers ou un simple témoignage graphique, elles méritent d'être conservées et expliquées dans le parcours de visite.
Événements et mémoire
La légende s'est renforcée après la disparition d'Albert Camus au début de janvier 1960 — un événement largement relayé qui a contribué à la renommée de la rumeur. Les recherches et expositions récentes (par exemple des expositions consacrées à Camus et des publications scientifiques) ont permis de replacer ces éléments dans une perspective historique et culturelle plus solide.
En résumé, si la rumeur de malédiction a durablement marqué l'imaginaire collectif, les études actuelles privilégient une lecture historique et iconographique qui date les graffitis du XVIe siècle et les inscrit dans des pratiques religieuses et sociales anciennes plutôt que dans une malédiction moderne.

Les graffitis de la « chambre bleue » — bateau schématique, personnages, grande croix et inscriptions — ont suscité une intrigue romanesque autour d'une prétendue malédiction, nourrie par des accidents et décès au XXe siècle. Les recherches historiques récentes invitent toutefois à replacer ces images dans un contexte beaucoup plus ancien et à privilégier une lecture documentaire et iconographique.
Au final, la datation et l'iconographie anciennes permettent de démythifier une grande partie de la légende : les graffitis sont vraisemblablement bien antérieurs au XXe siècle et relèvent d'autres pratiques et contextes historiques. Reste que ces gravures conservent leur lot de mystères et que la tradition populaire autour de la « malédiction » demeure vivace. Ces témoignages graphiques constituent aujourd'hui un atout patrimonial à expliquer aux visiteurs pour mieux comprendre l'histoire complexe du château.
Page mise à jour le 24/10/2025
















